Samedi 9 mai 2009 6 09 /05 /2009 02:00
Le Combat ordinaire
4 tomes / Série finie
Editeur : Dargaud
Dessinateur / Scénariste : Manu Larcenet
Dépôt légal : de mars 2003 à mars 2008




L’histoire :

Début des années 2000.

Il s’appelle Marco, il est photographe, célibataire et vit dans le trou du cul du monde.

On fait sa connaissance en pleine séance de thérapie. Le moins qu’on puisse dire, c’est qu’il est sensible à ce qui l’entoure et assez émotif. En un saut de case, il peut passer du rire aux larmes, de l’ironie au grand moment de solitude (au sens propre comme au sens figuré).

Sur le quatrième de couverture il est écrit : « c’est l’histoire d’un photographe fatigué, d’une fille patiente, d’horreurs banales et d’un chat pénible ».


  « La fuite fait partie du combat »


Soit.

Alors je commencerais par dire que c'est une perle.

Attention : BD incontournable !!

Qui dit Manu Larcenet dit Bill Baroud, Nic Oumouk pour les plus connus.

Le dessin des albums est simple, convivial, il va à l'essentiel.

Le Combat ordinaire me faisait de l'oeil depuis un moment quand j'ai profité de la sortie du dernier tome pour l'acheter.

Le style de dessin n'est pas forcément celui vers lequel je me tourne spontanément.


A la première lecture, le plaisir de la découverte bien sûr, mais surtout la sensation d'avoir dans les mains une oeuvre profondément humaine.


J’ai apprécié la désinvolture des personnages. Le style de dessin est sans fioritures aucunes mais les personnages qui évoluent dans le Combat ordinaire sont d’une sincérité et d’un réalisme incroyables. Ce sont des gens banals, qui mènent des vies banales… qui nous touchent.
La peur, la mort, l’amour, la colère… le chômage, la pauvreté, la guerre, Le Pen au premier tour des élections de 2002… on vit tout ça tour à tour sans avoir à se dire : « ouais, c’est de la bonne fiction mais il ne faudrait pas essayer de me faire avaler une couleuvre non plus ! ».

La série sonne juste, elle se positionne et n’hésite pas à se remettre en question.

Mais à la première lecture, je ne m’étais arrêtée que sur la forme (pas la forme physique hein, qu’on ne se trompe pas !).


Bref, j’avais rangé cette série dans la bibliothèque… et puis j’ai eu envie de la relire.


A la seconde lecture, même impression, sauf que quelque chose que je n’avais pas remarquée à la première lecture m’a sauté aux yeux.

Il y a bien les personnages qui évoluent, qui murissent, et à qui on s’attache. Il y a bien ces petits événements qui font que la vie est ce qu’elle est, il y a bien ce style de dessin minimaliste qui paye pas de mine si on ne prend pas le temps de se poser avec la BD.


Ce qui m’a, sauté aux yeux donc, c’est que j’ai lu une histoire écrite sur un arc-en-ciel (si le style est gnan-gnan je m’en moque, il a le mérite d’être sincère). 

Les couleurs ne sont pas là seulement pour enjoliver la chose. Elles apportent au scénario et au dessin une foultitude de petits détails, elle situent l'état d'esprit de Marco (personnage principal).

C’est donc du fond dont je parle, et non plus de la forme.

Il y a dans cette œuvre une technicité qui me laisse pantoise.

Prenez le temps de la lire, ou de la relire. J’imagine cependant fort aisément ne pas être la seule à avoir remarqué cela, mais je me berce d'illusions, en état d’extase (attention : lecteur heureux)  

Alors je vais prendre le temps de vous dépeindre cet arc-en-ciel.


On repère rapidement dans le développement de l'histoire, ça pas besoin de le lire 50 fois, que Marco a des crises d’angoisses. Dans ce cas, les fonds de cases deviennent rouge. Il est mal. L'ambiance des cases : noir-blanc-rouge.

 

On verra aussi rapidement qu’il fait des introversions et que pour ces périodes-là les fonds de cases sont en noir et blanc.

Maintenant, je vais essayer de me rendre compéhensible pour la suite des choses.


        Dans le Combat ordinaire, on manie les extrêmes en permanence :
d’un Marco euphorique à l’idée de retrouver ses amis de l’usine, le temps d’un reportage photos, à la situation de précarité dans lesquels ces derniers se trouvent.
De la tristesse de perdre un être cher au soulagement de ne pas à avoir à revivre cet événement :
On est face à un subtile dosage.
   
Ce que j'ai le plus apprécié, c'est le travail de fourmis que les frères Larcenet (Patrice à la couleur) ont fait afin de permettre une écriture à double vitesse.


Concrètement, j'ai remarqué que la couleur des fonds de cases coïncide avec l'état d'esprit du personnage principal.

Du coup, les couleurs utilisées font venir à l'esprit des expressions toutes faites.

On voit Marco « rigoler jaune » et passer une « nuit blanche ».
On le voit « voir la vie en rose » et deux cases plus loin être « vert de peur ».
On le voit montrer « pattes blanches » et j'en passe et des meilleures.
Cela permet aussi de soulager le scénar, d’avoir des dessins qui vont à l’essentiel et d'être embarqué dans l’histoire très rapidement.

 

Les couleurs, c'est le petit bonus. C'est la bande-sons de la BD. 

On a le sens propre et le sens figuré au sein d'une même case. Le tout agrémenté de dialogues intelligents et qui ne sont pas piqués des vers.


Le ton est direct et juste. C'est fendard.
J’essaye de faire un petit tour d’horizon pour savourer tout ça en image :

Voilà Marco.

Visiblement énervé, il vient de sa faire virer.
Fond rouge, il est rouge de colère.

 


De temps en temps, il déconne un peu
Les deux premières cases en fond bleue (" peur bleue " ?).
Le noir et blanc pour les flics, ce qui permet de réellement les rendre imposant (le noir est une couleur que l'on associe à l'autorité, la rigueur).
Au début, il a un chat.
Case 1 en fond bleu, il est décontracté ( "fleur bleue " ?, la vétérinaire étant plutôt mignonne).
Case 2 en fond rose, la gêne s'installe. Puis fond marron et fonds verts où il est assez desespéré d'avoir à se justifier. En 5 bulles, nous l'avons vu serein, gêné, abasourdi et désabusé.
Jusqu'au " p'ti jaune " avec les amis :

       
Les teintes de couleurs nous signifient donc tour-à-tour la tension, la peur, la tristesse, la joie... C'est un gros boulot qui a été fait. Jamais je n'avais autant prêté attention à l'utilisation des couleurs.
Le Combat Ordinaire, c'est une délicieuse recette.

Un soupçon d'autobiographie, une once de fiction, une pointe d'humour. Vous remuez le tout en l'agrémentant d'un regard critique sur une société en mal de vivre. On y retrouvera forcément des stéréotypes (les chasseurs sont des cons, les mères sont inquiètes...), mais le style est agréable.

Il y a d'autres représentations auxquelles Larcenet fait référence. Celles avec les animaux. L'exemple le plus flagrant concerne son ami de chantier, Pablo, qui est présenté comme quelqu'un de réfléchit, de posé. Au détour d'un planche, Larcenet nous donne ceci à regarder :


(symboliquement, la chouette représente la sagesse). Mais je ne m'attaquerais pas aux symboliques animales, ce n'est pas ça qui m'intéressait.

 

J'ai fait une page sur le blog où j'ai mis de côté ce que j'ai trouvé sur la symbolique des couleurs.

 

Pour suivre le lien, cliquez 

 


 

 

Par morue la fée - Publié dans : Tranche de Vie
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Commentaires

c'est beaucoup mieux comme ça : je vois tout !
Commentaire n°1 posté par Ys le 10/05/2009 à 09h00
ahhhh. J'ai du faire des coupes franches tout de meme !
Réponse de morue la fée le 10/05/2009 à 15h50
C'est incroyable comme je peux te retrouver dans tes articles, ça me laisse sur le cul, même si tu parles d'une bédé que je ne connais même pas!
Bisous, Morue
Commentaire n°2 posté par l'hirondelle le 10/05/2009 à 10h44
Salut la fée (je vais pas dire "salut la morue" quand même mdr,

je te souhaite un bon anniversaire pour ce blog que je trouve assez énorme, tu dois y passer beaucoup de temps je pense. Bravo pour ton travail, c'est complet et bien présenté!

Merci pour tes coms sur mon blog, je te met dans mes liens de suite!!
A bientôt ^^
Commentaire n°3 posté par Zorgblog le 11/05/2009 à 09h34
ben si, tu peux te permettre le salut morue va... moi je ne m'en prive pas !! et puis merci pour les compliments (ça fait pas de mal par où ça passe) mais tu sais... quand on aime, on ne compte pas !!! (je raconte tout de meme un sacré paquet de betises oui !!)
Réponse de morue la fée le 11/05/2009 à 10h08
Ai aussi adoré cette bd. Je n'avais absolument pas remarqué ce truc avec les couleurs, du coup je m'en vais les relire, histoire de voir si ça se confirme. Merci ^^
Commentaire n°4 posté par Tigger Lilly le 01/09/2009 à 21h05
avec plaisir !! ma chronique a eu le meme sur toi que sur mon homme ! ^^
Réponse de morue la fée le 01/09/2009 à 21h39

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